Archive pour 'Musique'Catégorie

Cécile de lumière

22 novembre 2009

Ce 22 novembre avec Henry Purcell, rien de moins cette année, peu de choses plus lumineuses que ces paroles si fabuleusement mises en musique :

Hail! Bright Cecilia, Hail! fill ev’ry Heart!
With Love of thee and thy Celestial Art;
That thine and Musick’s Sacred Love
May make the British Forest prove
As Famous as Dodona’s Vocal Grove.

(…)

The Airy Violin
And lofty Viol quit the Field;
In vain they tune their speaking Strings
To court the cruel Fair, or praise Victorious Kings.
Whilst all thy consecrated Lays
Are to more noble Uses bent;
And every grateful Note to Heav’n repays
The Melody it lent.

(…)

S’endormir avec cet air-ci et se réveiller avec le même swing persistant dans le crâne, rien qui ne soit plus moderne que cette partition du XVIIe siècle que l’interprétation de Marc Minkowski et consorts magnifie (grâce aux images, l’on voit combien la musique est aussi affaire physique : respiration, regard, balancement, sourire) :

Wondrous Machine!
To thee the Warbling Lute,
Though us’d to Conquest, must be forc’d to yield:
With thee unable to dispute
.”

Pas une ride depuis 18 siècles, depuis 1 année, Cécile l’ensorcelante.

(Merci ML&WS).

MusicEverybody

18 octobre 2009

Imaginons pouvoir écouter de la musique en ligne (en streaming), pouvoir la télécharger au format souhaité et avec la qualité requise (mieux donc que du MP3 courant) et avoir le droit de profiter d’un vrai choix.

Il est d’autres boutiques plus fournies, et plus agréables et faciles de consultation (plus ergonomique, dit-on) comme celle frappée de la Pomme mais MusicMe.com vaut la découverte ; citons :
-
Fichiers 100% compatibles” : PC, Mac, iPod, iPhone, baladeurs MP3, clés USB, téléphones, autoradios, etc.
- “Format et qualité” : MP3 (de plusieurs qualités), AAC, Lossless (sans compression), etc.
- “Gravez en toute liberté” : fichiers copiés sur CD sans contrainte et sans limite.

Le rêve, peut-être ? Passionnant à étudier de second degré que ce rêve : économie de la chose, diversité du support, qu’est-ce-que la qualité, nouvelles pratiques mélomaniaques, etc. Mais cette mélomanie y trouverait bien son compte gageons-le, un rêve qu’il semblerait : comment comparer des interprétations différentes…

(Merci à GO).

Who reads hears more

17 août 2009

Musique avec les yeux, au titre d’un billet d’à-côté ; c’est aussi affaire de lecture. L’allemand peut être utile, par exemple pour suivre subjugués les symphonies de Mahler truffées d’indications (“ohne eilen” pour ne pas presser, “etwas zurückhaltend” pour retenir quelque peu comme un ritardendo…) ou pour plonger dans l’abondante activité éditoriale germanique.

Les éditions Schott proposent un petit opuscule joliment intitulé l’Art de la lecture de partition. Qui lit écoute plus dont une double page est consultable sur écran et téléchargeable et à commander gratuitement “solange der Vorrat reicht“.

De l’art de l’écoute en fait, pour saisir les moindres détails et les mouvements d’ensemble : “Die Kunst des Partiturlesens

Eine Partitur enthält den gesamten Notentext eines Musikwerkes, damit der Dirigent und jeder, der sich näher mit dem Stück beschäftigen will, genau nachvollziehen kann, was das Orchester oder das Ensemble spielt. Dabei sind die Instrumente so angeordnet, dass alle Noten, die zur gleichen Zeit erklingen, genau untereinander stehen.

Partituren helfen beim Hören, Begreifen und Interpretieren von Musikliteratur. Wer nur zuhört, erkennt viele kostbare Kleinigkeiten nicht, die beim Mitlesen nach ein wenig Übung regelrecht sichtbar werden. Der Kompositionsstil und die Charakteristik eines Werkes lassen sich mit der übersichtlichen Partitur schnell begreifen – das ist nicht nur Grundvoraussetzung für jede Analyse, sondern auch für das eigene Spiel.

Musique avec les yeux

2 juillet 2009

C’est affaire de corps pour sûr, de souffle et d’yeux, de doigts et de bras et de dos, de ventre.

Imaginons un air, un accompagnement, des timbres qui ne quittent jamais complètement les tympans : le Nisi Dominus (RV 608 “IV. “Cum Dederit”) d’Antonio Vivaldi, par Andreas Scholl et des instrumentistes moins connus ; voilà YouTube dans ce qu’il a de meilleur à présenter partitions et sons. Il y a ce quelque chose d’art graphique magnifique, spectacle en soi comme l’un des plus non figuratifs d’entre les clips ; abstraits, parlants selon que l’on est musicien ou non, mais toujours mélomane.

Le corps n’évacue jamais la musique, n’est-ce pas, les timbres et les rythmes restent et demeurent en soi chez qui y est sensible ; il y a aussi le Ständchen (Sérénade, D920) de Franz Schubert dans un billet voisin chez MusicOL. Certains la dansent, d’autres l’écrivent, d’aucuns la photographient, tous l’écoutent.

Musique avec les yeux, vraiment ? Demandez à Igor Stravinsky, qui dirige des prunelles

(Merci à un autre d’entre les plus proches).

Peteris Vasks

16 mai 2009

Qu’est-ce qu’un chef d’oeuvre ? L’antithèse d’un cortège de clichés : sachez que la musique contemporaine peut être mélodique et dissonante, douce et tendue dans l’écheveau de sons à enrouler des timbres que ne peut oublier le tympan.

Le concerto pour violon de Pēteris Vasks, Tala Gaisma (Lumière lointaine), habite la salle s’il y a du calme autour de vous pour la recevoir. Puis vous écoutez Dona nobis pacem et simplement vous vous taisez car les voix vous saisissent (l’original dure environ un quart d’heure, l’oeuvre datant de 1996). Puis vous ne pouvez quittez l’oreille de son concerto pour cor anglais et de ses quatuors à cordes. Si vous êtes tolérant pour la qualité du son, ces deux extraits sont plus riches encore que le précédent avec choeur : mouvement premier par un violoncelle solo (5 minutes), mouvement second par le même violoncelle avec voix intermittente (8 minutes).

De la musique tout simplement sans -isme, sont les chefs-d’oeuvre : comme Stravinsky-de-feu, comme Dutilleux-le-lumineux, comme Messiaen-l’oiseleur au XXe siècle ; tels Schubert au XIXe siècle et Mahler à la jointure des deux.

& :
- Pēteris Vasks (@music.lv).
- Musique & Lettonie (@ecritOL).

Geister der Musik u. der Literatur

8 mai 2009

Certains lieder ou mélodies sont plus beaux que leur texte dont ils comme embellissent le style, qu’ils transfigurent ; d’autres parviennent à être à la hauteur, la musicalité de l’un se nourrissant de celle de l’autre. Parfois, le texte littéraire a son rythme et ses sonorités propres que la musique magnifie, chacun contribuant au chef-d’œuvre comme la meilleure des recettes culinaires. Rien n’indique que seule la musique dite classique puisse toucher cette grâce, parvienne  à cet alliage des notes et des mots qui fonde aussi les plus grandes chansons.

Invitons-nous, par exemple, à la rencontre de Goethe et de Schubert : Gesang der Geister über den Wassern (Chant des esprits sur l’eau, D714), dont l‘illustration YouTube n’est, elle, pas au niveau mais elle offre du moins une traduction anglaise.

Menschen Seele
Gleicht dem Wasser:
Vom Himmel kommt es,
Zum Himmel steigt es,
Und wieder nieder
Zur Erde muß es,
Ewig wechselnd.

Strömt von der hohen,
Steilen Felswand
Der reine Strahl,
Dann stäubt er lieblich
In Wolkenwellen
Zum glatten Fels,
Und leicht empfangen,
Wallt er verschleiernd,
Leisrauschend
Zur Tiefe nieder.

Ragen Klippen
Dem Sturz entgegen,
Schäumt er unmutig
Stufenweise
Zum Abgrund.

Im flachen Bette
Schleicht er das Wiesental hin,
Und in dem glatten See
Weiden ihr Antlitz
Alle Gestirne.

Wind ist der Welle
Lieblicher Buhler;
Wind mischt vom Grund aus
Schäumende Wogen.

Seele des Menschen,
Wie gleichst du dem Wasser!
Schicksal des Menschen,
Wie gleichst du dem Wind!

(Franz Schubert + Johannes von Goethe).

Comme le souligne Elektra en aparté un soir de partage puis par électrons en puissance 10, le début de la seconde strophe a des harmonies du XXe siècle, ce quelque chose qui peut appeler dans l’oreille intérieure Poulenc ou Bartok. Pour d’autres lieder, tel Ständchen (Sérénade, D920) il y a comme une fugue au début de la seconde strophe ou comme Das Grab (La tombe, D569) où avancent les accords dans l’écriture verticale d’un choral à la JSB.

Un autre chef-d’oeuvre des mêmes Esprits (Geister) ? Der Erlkönig (Le Roi des Aulnes, D328) par Dietrich Fischer-Dieskau

Franz Schubert

16 avril 2009

Personne d’autres sinon Mahler ne marie langue, mélodie et harmonie à ce niveau d’ensorcellement. Ils ont tous deux ceci de génial qu’ils trouvent une forme pour parler des pires drames, pour les sublimer et pour hypnotiser l’amateur de notes et de mots.

Exception, Ständchen (Sérénade, D920) est comme apaisé, un rien mélancolique mais sans la noirceur de nombre d’autres chefs-d’oeuvre :

Zögernd, leise,
In des Dunkels nächt’ger Hülle
Sind wir hier.
Und den Finger sanft gekrümmt,
Leise, leise,
Pochen wir
An des Liebchens Kammerthür.

Doch nun steigend,
Schwellend, hebend,
Mit vereinter Stimme, laut
Rufen aus wir hochvertraut:
Schlaf du nicht,
Wenn der Neigung Stimme spricht!

Sucht’ ein Weiser nah und ferne
Menschen einst mit der Laterne;
Wie viel seltner dann als Gold,
Menschen uns geneigt und hold?
Drum, wenn Freundschaft, Liebe spricht,
Freundin, Liebchen, schlaf du nicht!

Aber was in allen Reichen
Wär’ dem Schlummer zu vergleichen?
Drum statt Worten und statt Gaben
Sollst du nun auch Ruhe haben.
Noch ein Grüßchen, noch ein Wort,
Es verstummt die frohe Weise,
Leise, leise,
Schleichen wir uns wieder fort!

(Franz Grillparzer + Franz Schubert)

Chut : juste notes & paroles pour les lecteurs de portées (with english translation if needed). Chut, quelque chose comme une déclaration d’amour à la langue allemande.

A la seconde minute ici, le “Sucht’ ein Weiser nah und ferne” de relance du choeur polyphonique coupe le souffle ; un canon d’une explosion de Ré, puis d’un bref  Do dièse qui fait courir toutes les oreilles qui guettent la soliste (alto) d’un La lumineux. Peut-on ensuite dormir sinon apaisé ? A condition de tout réécouter une fois encore, si le risque n’était de continuer l’écoute pour les Lieder avec un accompagnement plus fourni que le piano : par exemple, Gesang der Geister über den Wassern (D714).

& :
- Schubert Autographen (manuscrits), Neue Schubert Ausgabe (nouvelle édition).
- @musicOL : Listening Writing qui se conclut par An die Musik, Stravinsky de feu, l’oiseleur Messiaen, la Passion intense de Bach, etc.
- @ecritOL : Lumières & Sons.

(Zur Erinnerung an eine Mahlzeit am Abend mit Elektra und ihrem Kaninchen).

Georg Friedrich Händel

14 avril 2009

Il a éteint sa voix voici 250 ans aujourd’hui. Il fut un “Eigensinniger Stilist, unerreichter Erforscher der Wahrheitécrit Die Zeit, un rien lyrique ; un grand de la portée assurément mélodiste hors de pair (“unerreicht“), mais avec ce quelque chose de léger qui rend sa lecture parfois frustrante.

& :
- GFHandel.org.
- Catalogue des oeuvres HWV (Univ. Québec, CA).
- Radios musicales (@MusicOL).

Johannes Sebastian Bach

10 avril 2009

Il n’est pas utile de répéter à longueur de jours que les notes de Bach suscitent la fascination, mais il n’est guère de plus beau moment que Pâques pour dire combien la Passion, pas uniquement celle des mélomanes mais celle à la lettre capitale, n’est pas mieux mise en son que dans ses versions de Jean (BWV 245) et de Mathieu (BWV 244). Les Allemands vont parfois jusqu’à le qualifier du titre de 5e évangéliste.

Es ist vollbracht !
O Trost vor die gedränkten Seelen !
Die Trauernacht
Läßt nun die letzte Stunde zählen.
Der Held aus Juda siegt mit Macht
Und schlie
ßt den Kopf
Es ist vollbracht !

(Johannes Passion)

Nul buzz, juste écouter avant que l’air devienne lumière (même si le son est de moins bonne qualité). Il s’agit de la version de Nikolaus Harnoncourt et son Concentus Musicus Wien, à peine dirigeant le magnifique gambiste Christophe Coin et l’époustouflant Panito Iconomou à la voix d’alto (1985).

MusicOL n’oublie pas les Sept dernières paroles du Christ (Sieben Letzten Worte Jesu Christi) de Joseph Haydn, tout aussi inoubliable pièce.

& :
- J.-S. Bach Home Page | J.-S. Bach Central Station | Bach-Archiv LeipzigNeue Bach Gesellschaft (Leipzig) | Bach-Cantatas.com
- Lavoisy/Net > Musique

Chansons

13 janvier 2009

Les plus intenses mots n’ont que faire d’un accompagnement. Les plus denses notes vivent sans commentaires.

Mais il est quelques points de rencontre, rares, faisant mentir l’assertion péremptoire. Mon Enfance et Pierre de Barbara, Le Plat Pays de Jacques Brel (@WebOL),  Robert le Diable et Les Poètes de Jean Ferrat/Louis Aragon, The Dangling Conversation et A Poem on the Underground Wall de Simon & Garfunkel sont de ces bijoux-là qui brûlent et brillent et réchauffent ; la chanson est art le plus incandescent.

Je ne sais ce qui me possède
Et me pousse à dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour l’aide
Ni comme on avouerait ses fautes
Ce qui m’habite et qui m’obsède

Celui qui chante se torture
Quels cris en moi quel animal
Je tue ou quelle créature
Au nom du bien au nom du mal
Seuls le savent ceux qui se turent

Machado dort à Collioure
Trois pas suffirent hors d’Espagne
Que le ciel pour lui se fît lourd
Il s’assit dans cette campagne
Et ferma les yeux pour toujours

Au-dessus des eaux et des plaines
Au-dessus des toits des collines
Un plain-chant monte à gorge pleine
Est-ce vers l’étoile Hölderlin
Est-ce vers l’étoile Verlaine

Marlowe il te faut la taverne
Non pour Faust mais pour y mourir
Entre les tueurs qui te cernent
De leurs poignards et de leurs rires
A la lueur d’une lanterne

Étoiles poussières de flammes
En août qui tombez sur le sol
Tout le ciel cette nuit proclame
L’hécatombe des rossignols
Mais que sait l’univers du drame

La souffrance enfante les songes
Comme une ruche ses abeilles
L’homme crie où son fer le ronge
Et sa plaie engendre un soleil
Plus beau que les anciens mensonges

Je ne sais ce qui me possède
Et me pousse à dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour l’aide
Ni comme on avouerait ses fautes
Ce qui m’habite et qui m’obsède.

(Louis Aragon & Jean Ferrat, Les Poètes).

Il suffit d’écouter et, parfois, prendre ses propres mots pour dire autre chose.