Image + Ecriture

Posted on 5 juillet 2008

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La lecture d’un récent ouvrage de Jack Goody n’est toujours pas achevée dans la pile des textes dévorés sans fin avec une faim inextinguible, que parait un dossier remarquable dans Sciences Humaines.

Le début de l’éditorial du numéro spécial en question vaut programme : « On ne célébrera jamais assez l’invention de l’écriture. Elle a transformé les traditions en histoire et peut-être même, comme le souligne Jack Goody, créé les conditions du savoir et de la raison modernes. Mais elle n’est pas le seul instrument de la mémoire et de la communication humaine. Le symbole, le graphe, la note de musique, l’image peinte ou gravée sont aussi bien aptes à véhiculer des savoirs, des récits, des instructions. Leur importance dans des sociétés sans écriture a rarement été reconnue à sa juste valeur. Leur existence dans les cultures lettrées, aussi importante soit-elle, se voit souvent attribuer d’autres fonctions : esthétique, votive ou illustrative. A ce titre, l’image est réputée muette. Partant, son aptitude à conserver, transmettre et même à produire des significations nouvelles ne peut plus nous échapper (…)« .

Le chapelet des chapôs forme un résumé :
Quand l’image parle (Nicolas Journet) : « Plus présente, mais moins claire que le texte, l’image a plus souvent été étudiée comme un support de croyance que de savoir. Mais le regard des spécialistes des arts et des sciences se porte sur ses aptitudes parfois cachées à aider la mémoire et transmettre des messages« .
L’art préhistorique, support de mémoire (Sophie A. de Beaune) : « La préhistoire s’intéresse à des périodes et à des lieux d’où l’écrit est encore absent. Certains vestiges archéologiques ont pourtant un statut particulier puisqu’ils nous révèlent certaines des préoccupations non matérielles des hommes de cette époque« .
Vers une anthropologie de la mémoire (Carlo Severi) : « Les anthropologues ont pris l’habitude de diviser le monde en sociétés à écriture et sociétés sans écriture. (…)  c’est là une vision bien manichéenne. En effet, de nombreuses société ‘‘à tradition orale’ perpétuent la mémoire du groupe au moyen d’images. »
Visualiser les savoirs : Aux origines des techniques de la mémoire (Régis Meuran) : « Les Grecs et les Romains avaient inventé des techniques permettant de mémoriser de longs discours au moyen d’images frappantes. Au Moyen-Âge et à la Renaissance, les maîtres en rhétorique vont recycler ces antiques ‘arts de la mémoire‘ en proposant de s’appuyer sur des images réelles : dessins, tableaux, sculptures, enluminures…
L’histoire paradoxale de la notation musicale (Olivier Cullin) : « Quand la première notation musicale se développe entre les VIIIe et XIIe siècles, elle n’a pas pour fonction d’être un support de la mémoire, car la musique se transmet alors de manière orale. (…) la partition était avant tout un objet sacré, venant rappeler au moyen de l’écriture l’autorité divine« .
De la monnaie au chiffre (Clarisse Herrenschmidt) : « Comment l’Occident a-t-il inventé l’écriture logographique des nombres, une écriture différente de celle de la langue écrite ? (…) l’hypothèse que c’est par le biais des premières monnaies, dont une face comporte de curieuses figures géométriques, qu’émerge, en Grèce antique, l’écriture autonome des nombres. »
Des baguettes à entailles, origine du stock exchange (Florence Weber) : « Dans l’Europe médiévale, les achats à crédit étaient enregistrés au moyen d’encoches sur des baguettes de bois. Cette technique, totalement oubliée aujourd’hui, donne (…) l’occasion de réfléchir sur les pratiques économiques hors du système dominant de l’écriture. »
L’icône, un portrait parlé (Gilbert Dagron) : « L’icône peinte est née à Byzance. Elle représente aussi un compromis entre la figure symbolique et l’authentique portrait d’après nature. »
Le symbolisme dans la peinture (Nicolas Journet) : « A la Renaissance, l’image peinte devient d’autant plus bavarde qu’elle use de symboles empruntés à la tradition littéraire et sacrée. Fixée en un genre conventionnel -la ‘vanité’- cette démarche survit à l’art contemporain. »
Peut-on entrer dans l’image ? (Annette Béguin-Verbrugge).
Du bruit dans les images (Christian Morel).
Quand les cartes se numérisent (Henri Desbois).
Images de l’invisible (Monique Sicard).
Dessine-moi une idée… Du mandala aux cartes sémantiques (Jean-François Dortier).