Couvent & Ferme

Posted on 29 avril 2010

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Adrienne Monnier a fait une partie de la littérature du XXe siècle par ses contacts et son commerce de livres et d’écrivains dont la liste est celle de toute bibliothèque décente : Claudel, Valéry, Gide, Breton, Aragon, Saint-John Perse, Prévert, Fargue, Duhamel, Apollinaire, Benjamin, Hemingway, Char. Et elle a fait traduire Ulysses de James Joyce en français de concert, au côté de Sylvia Beach qui avait créé la librairie Shakespeare and Company à Paris.

Autour de moi, partout, des livres. La lumière de ma lampe promène ses doigts d’argent sur le cristal simple et mystérieux, qui est celui même de l’esprit humain, dont l’essentiel est invisible. Un sauvage qui n’aurait jamais vu de livres et qui ne connaîtrait pas le secret de l’écriture, en ouvrant un de ces volumes, penserait peut-être à une fourmilière, ou aux brins d’herbe, ou au ciel criblé d’astres. Cet infini, sorti de nous, ne tient-il pas tête à l’infini dont nous sortons et qui nous écrase de ses regards libres ? Livre, firmament intérieur. Pays de mémoire, où les mères nous bercent et nous sourient toujours. Petits livres à la mesure des mains humaines, souvent serrés sur le cœur. Livres sur lesquels penche le front, qui donnent au front son poids et sa clarté. Celui qui vous aime et qui vit en votre présence connaît la sérénité ; il a déjà commerce avec les immortels. Il sait que tout au long de son chemin terrestre, vous ne ferez jamais défaut. Avant que les livres disparaissent, l’homme aura disparu.

(La Gazette des Amis des Livres, n°1, janvier 1938)

Un livre est également un objet ; il n’intéresse pas uniquement par ce qu’il dit mais de la manière dont il le fait et comment des mains l’ont façonné. Il ne s’agit pas d’empiler les mots ou les images mais de les mettre en valeur et de transmettre toute une histoire. De cela Michel Guérin, l’excellent journaliste du service Culture du Monde, écrit dans la dernière livraison de XXI le portrait de Manfred Heiting, le collectionneur de photographies et de livres qui en parle comme peu.

Une librairie et une bibliothèque relèvent à la fois du couvent et de la ferme, selon le mot d’AN, comme le silence et la production ensemble.

& :
Archives de la librairie « La Maison des Amis des Livres » à l’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine).
Adrienne Monnier et la Maison des amis des livres, 1915-1951 par le BBF (Bulletin des Bibliothèques de France) de l’ENSSIB (École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques).
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(Merci à lLNdV).

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