« L’éloge des cent papiers »

Posted on 23 avril 2011

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« Comme Machiavel, je viens souvent m’asseoir, la nuit, parmi mes livres. Si j’écris plus volontiers le matin, la nuit j’aime lire dans le silence profond, quand les triangles lumineux des lampes de lecture partagent ma bibliothèque en deux. Au-dessus, les étagères supérieures disparaissent dans l’obscurité ; au-dessous, c’est la section privilégiée des titres éclairés. (…) Ma bibliothèque n’a pas de catalogue ; ayant rangé moi-même les livres sur les étagères, je revois en général leur emplacement si je me remémore le plan de la bibliothèque et les zones de lumière ou d’ombre n’entravent guère cette exploration. L’ordre remémoré suit un schéma dans mon esprit, la forme et les divisions de la bibliothèque, un peu à la façon d’un observateur des étoiles réunit en figures narratives les minuscules points lumineux ; mais, à son tour, la bibliothèque reflète la configuration de mon esprit, son lointain astronome. »

Ainsi écrit Alberto Manguel, ici traduit par Christine Le Boeuf chez Actes Sud, dans un florilège de textes repris et de saveurs bibliophiles publiés par l’association Verbes, le réseau des libraires indépendantes et leurs partenaires ; c’était ce 23 avril 2011 une nouvelle fête de la librairie. C’est affaire de papier, de typographie et de textes. De plus, l’introduction de Marie-Laure Guarniéri, de la librairie des Abbesses, décrit magnifiquement le métier de la main et des neurones du libraire, dont le miracle est de toujours trouver de la place en réordonnant sans cesse, comme sa propre œuvre.

Goulûment est bien le terme à l’effeuillage non alphabétique, non linéaire donc, de ce livre qui prend place dans sa bibliothèque : papier serpente (« Papier très léger utilisé pour protéger les gravures à l’intérieur d’un livre« ), papier couché (« Papier traité à l’aide de pigments adhésifs, de laque ou de vernis, afin de donner un aspect lustré« ), papier bouffant (« Le papier bouffant est un papier assez épais, à texture lâche, non traité en surface, plutôt rugueux au toucher, sans brillance. On l’emploie souvent pour les ouvrages de littérature ou assimilés, sans illustrations.« ), larme du compositeur (« Surnom donné à la virgule« ), espace (« En typographie, espace est du genre féminin. C’est le blanc qui sépare les mots ou les lettres. A l’origine, caractère en plomb en forme de petit rectangle d’un cinquième de cadratin pour une espace fine, d’un tiers pour une espace forte, etc. Le point-virgule est précédé d’une espace fine et suivie d’une espace forte, alors que le deux-points est précédé et suivi d’une espace forte.« ), esperluette (« Désigne le caractère &, ligature du e et du t de la conjonction ‘et’, avec le même sens.« ).

Lire et écrire ne dépendent pas d’un support, mais il en faut un de papier ou d’écran avec un soin de mise en page et de fabrication. Fi des fausses oppositions.

(Clin de clic à lLNdV).

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– « Eloge des cent papiers » (@google.fr).

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