Claude Garamont

Posted on 26 novembre 2011

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Ce n’est pas un nom parmi d’autres typographes, non pas forcément le plus célèbre si tant que cela soit utile de faire ce genre de concours de beauté. Claude Garamont est l’un des fondateurs de la typographie, mis à l’honneur pour le 450ème anniversaire de sa mort en 1561.

Le site officiel de la commémoration nationale, en France, propose de nombreux éclairages sur le personnage, son apport et son contexte avec force citations, références et glossaire aussi. Il n’est qu’à regretter que les seuls témoins contemporains soient francophones tant il y aurait des échos polyglottes à cet hommage des gens de l’art, par ailleurs à écouter. Comme le dit Jean-François Porchez, Garamont nous fait passer de l’écriture à la typographie.

La date de 1510 donnée jusqu’ici pour l’apprentissage de Claude Garamont chez Antoine Augereau est plus probablement celle de sa naissance. Les premiers travaux dus au burin de Claude Garamont sont aujourd’hui datés des années 1530 : c’est notamment dans les années 1532-1533 qu’il s’inspira des caractères gravés par Francesco Griffo pour l’impression par Alde Manuce du De Aetna du cardinal Bembo en 1495. D’après les dernières recherches, Garamont ne semble plus avoir été l’élève de Geoffroy Tory, mais bien davantage celui d’Antoine Augereau.

D’après certaines sources qui restent à confirmer, Claude Garamont aurait travaillé chez Claude Chevallon puis chez sa veuve, Charlotte Guillard, après la mort de Claude Chevallon en 1537. Après des années comme apprenti et compagnon, il devient maître en 1538.

« Je retirais vraiment peu de profit de mon travail qui est de sculpter et de fondre les types de lettres (…) Ceux qui savent seulement tailler les lettres ne progressent guère (…) Ils construisent le nid des libraires, ils leur apportent leur miel. »

En 1543, Claude Garamont quitte son atelier de la rue Saint-Jacques pour la rue des Augustins, à proximité de son beau-frère, l’imprimeur Pierre Gaultier. De 1543 à 1550, il y grave trois corps et, après 1543, Jean de Gagny, premier aumônier de François Ier, l’encourage à graver de nouvelles lettres italiques selon le modèle donné par Alde Manuce à Venise. Fournisseur de Robert Estienne, il compte également parmi ses clients André Wechel, imprimeur libraire parisien, et Christophe Plantin qui passe commande en 1556, ainsi que d’autres libraires ou imprimeurs : Mathurin Du Puys en 1541 ; Etienne Mesvière en 1543 et Denis Du Vau avant 1556 à Paris.

À la fin de la décennie 1540, un cicero romain gravé de la main de Claude Garamont est utilisé par Conrad Neobar, premier imprimeur du roi pour le grec. Ayant déménagé à plusieurs reprises, il installe en 1550 son propre atelier de gravure et de fonte de caractères, pour la première fois séparé d’une imprimerie proprement dite, rue des Carmes à l’enseigne de la Boule, et produit pour Robert Ier Estienne, imprimeur du roi, de très beaux caractères de différents corps (Gros Canon 40-44 ; Saint-Augustin 12-13) qui seront utilisés pour la composition de livres religieux.

L’approche historique a toutes raisons de montrer qu’être typographe a pu signifier être éditeur et en l’occurrence librairie.

En 1545, Jean Barbé, libraire parisien, s’associe avec Claude Garamont qui, à l’instigation de Jean de Gagny, grand aumônier du Roi et chancelier de la Sorbonne, avait débuté dans l’édition en publiant en mars 1545 la Pia et religiosa meditatio de David Chambellan, ouvrage imprimé par Pierre Gaultier, son beau-frère.

« (Jean de Gagny) exhorta de toute sa bienveillance des hommes habiles pour que moi qui avais l’habitude de sculpter et de fondre les types de lettres, je pusse un peu recueillir les fruits de mon travail et m’approcher de l’art libraire» Claude Garamont, 1545.

Dans la préface en tête de cette édition, Claude Garamont affirme :
« talicarum itaque proxime ad Aldinas literarum typos sculpo, quam foeliciter alii iudicabunt, certe domini Danesii, Vatabli, aliorumque iudicio non ingratos : neque his contentus, animum adiunxi vt eiusdem proportionis ac formae minutulos typos (nostrae artis homines glossam vocant) effingerem » (f. 2 v°-3 r°). « C’est la raison de mes types de lettres se rapprochant des Aldines, d’autres les jugeront avec plaisir, et déjà le jugement des seigneurs Danès et Vatable ne leur fut pas défavorable. Non content de cela je me suis efforcé de graver d’autres types de même proportion et de même forme plus petits (en termes techniques nous les appelons glosse)».

Dans cette association à laquelle se joignent occasionnellement les libraires Thielman II Kerver et Jean de Roigny, Jean Barbé est sans doute le principal bailleur de fonds, alors que Claude Garamont semble surtout fournir les caractères typographiques et en particulier la « glossa» italique qu’il venait de graver. L’impression est régulièrement confiée à Pierre Gaultier qui par ailleurs exerçait aussi le métier de fondeur de caractères. Neuf éditions paraissent ainsi en 1545, dont six in-16, format le mieux adapté au petit romain italique de Claude Garamont (cf. Un Novum Testamentum imprimé par Pierre Gaultier pour Jean Barbé). Ils éditent en 1545 les deux premiers livres de l’Architecture de Sebastiano Serlio.

Bref, le voyage n’a pas de retour sauf sur nos pages et nos écrans. Alors cette anecdote personnelle, demandant à des étudiants de parler d’histoire ces derniers avaient choisi une police censément traditionnelle pour rendre compte sur leur powerpoint du XVIIe-XVIIIe siècles : ils furent surpris de découvrir que leurs livres de poche eurent été moins anachroniques que ces pseudo-fontes choisies, vaguement manuscrites.

Aujourd’hui ?

Caractère de texte par excellence, le Garamond est toujours largement employé dans l’édition en France. Il fait figure de monument, incarnant l’intemporalité des textes qu’il véhicule, dans le cadre de la Bibliothèque de la Pléiade, publiée par Gallimard. Depuis sa création, en 1931, par Jacques Schiffrin, cette collection est personnifiée par le Garamont Deberny & Peignot strictement composé en corps 9. On retrouve cette dimension symbolique dans la conception par Pierre Faucheux des quatre volumes de l’Histoire de l’édition française (Cercle de la librairie, 1989-1991), sous la direction de Roger Chartier et Henri-Jean Martin. Le Garamont de l’Imprimerie nationale, parmi les autres caractères exclusifs de l’établissement, est également magnifié dans des ouvrages exceptionnels, alliant les qualités d’impression de plus haut niveau de son Atelier du livre d’art, tant au plan typographique que de l’estampe.

Caractère de texte par excellence, le Garamond est toujours largement employé dans l’édition en France. De nombreux éditeurs puisent dans la vaste palette des interprétations du caractère pour offrir une identité singulière à leurs publications.

De nombreux éditeurs puisent dans la vaste palette des interprétations du caractère pour offrir une identité singulière à leurs publications. C’est le cas des éditions Actes Sud qui privilégient le Garamond ( ITC Garamond et Agaramond) « pour sa noblesse et la générosité de son dessin qui offre une lecture agréable et fluide» comme l’indiquent leurs responsables. Les éditions Allia en font un usage exclusif « pour sa beauté, pour sa richesse et pour sa lisibilité», dans une ligne graphique très tenue, destinée à souligner la rigueur d’essais et d’analyses souvent porteurs d’une critique radicale de la société moderne. Enfin, on dénichera, chez de petits éditeurs, comme Monsieur Toussaint-Louverture, à Toulouse, des pépites littéraires, romans et nouvelles, à la typographie ciselée dans le Garamond de Robert Slimbach.

Et ce zoom sur les recherches contemporaines

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