Blog & Recherche

Posted on 14 mars 2012

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En quoi le recours aux blogs change la pratique de la recherche n’est pas un débat, mais les réflexions réflexives sont rares. Ce billet d’André Gunther est le meilleur repéré en la matière : Why blog ?, lequel est en fait un extrait de l’ouvrage Read/Write Book publié par le Cléo (Centre pour l’édition électronique ouverte).

Les morceaux de choix, soit Deadline is dead :

Le chercheur doit publier (publish or perish). Or, jusqu’à l’arrivée des outils en ligne, sa maîtrise de l’espace de publication était proche de zéro. Dans les domaines dans lesquels j’évolue, publier suppose de savoir se plier aux choix thématiques ou disciplinaires d’une revue ou à l’agenda d’un éditeur. Dans tous les cas, la publication organisée impose un format prédéfini ainsi que l’impitoyable servitude du deadline – qui m’a coûté bien des nuits et des cheveux blancs. Dans cet univers d’autant plus contraint qu’on est prolifique, la liberté du blog apparaît comme une oasis. Elle est bien plus que cela. Dans son usage le plus répandu, le blog est une activité supplémentaire greffée sur l’existant. La condition de possibilité de l’exercice est donc qu’il ne soit contraint par aucune détermination externe. C’est parce que le blogging vient toujours en plus du reste, en toute gratuité, qu’il a tous les droits à l’inachèvement, à l’essai ou à l’erreur. Rédigé parce qu’on a une ou deux heures devant soi, un billet est toujours quelque chose plutôt que rien, une forme sauvée du néant.

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Soit le Séminaire permanent :

La grande liberté du blog peut effrayer. Si l’on cherche un modèle susceptible de guider son usage dans le cadre académique, je pense que le meilleur est celui du séminaire de recherche. Très vite, je me suis rendu compte que je pouvais transposer à l’espace du blog nombre des caractères de cet espace privilégié de l’expérimentation et de la discussion, avec ses à-côtés, ses digressions, ses clins d’œil, son rapport à l’actualité, ses auditeurs libres et jusqu’à ses contributeurs invités.

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Soit la Culture de l’expérience :

Là où la pratique du blog est la plus proche de l’activité savante, c’est probablement dans la promotion d’une culture de l’expérience. Contrairement à toutes les formes de publication scientifique classiques, qui visent l’achèvement et l’excellence, le blog offre cette capacité rare : le droit à l’essai, à l’erreur et au remords. Cette caractéristique est un dopant pour l’imagination. Elle crée les conditions d’une expérimentation permanente, que ce soit du point de vue des objets abordés, de la façon de les aborder ou de celle d’en débattre.

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Soit Qui lit les Annales ?

Pas mes étudiants. Mais ils lisent mon blog. Trouvera-t-on cette formule provocatrice? Éditeur d’une revue peer-reviewed depuis douze ans, je ne suis pas suspect de vouloir la mort des revues. Mais je suis bien placé pour me rendre compte que le type d’essai que je suis en train de mener avec ARHV est une vraie expérience éditoriale. Qu’avec d’autres, nous sommes en train de créer non seulement un nouveau type d’organe, particulièrement bien adapté au travail savant, mais une nouvelle énonciation scientifique, à la croisée de la vulgarisation, de l’enseignement et de la recherche.

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Soit une Science aimable :

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Avec quatre ans de recul, cette expérience n’a jamais déçu mes attentes. Elle m’a au contraire porté bien au-delà de ce que j’espérais. Ses conséquences pour moi sont d’ores et déjà considérables. Elle m’a permis d’optimiser mon travail d’enseignant et de chercheur. Elle m’a montré les coulisses du web 2.0 et fait pénétrer dans les arcanes de la participation et de la « viralité ». Elle a fait évoluer mes méthodes, mes approches, mon énonciation, mon style et jusqu’à ma vision de la science. Elle a accompagné le déplacement de mon domaine de recherche. Elle a favorisé des dizaines de rencontres et d’échanges de haut niveau. Elle m’a ouvert la porte à des colloques ou à des participations à des projets éloignés de ma discipline. Elle m’a permis de participer au débat public et m’a offert une notoriété que je ne cherchais pas. Elle m’a appris à mieux appréhender l’art difficile du dialogue et m’a rendu plus tolérant. Elle ne m’a rien coûté, qu’un peu de temps, qui est du temps sauvé de l’oubli.

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& :
Les travaux d’AG | AG.fr (LHIVIC – Laboratoire d’Histoire Visuelle Contemporaine, EHESS).
Openedition.org, Cléo.

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