Mots sans illustration

Posted on 10 octobre 2012

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Ouvrir quelques pages de Julien Gracq rappelle que les textes n’ont pas forcément besoin d’images, et que les mots mêmes les génèrent par la force du rythme et du lexique. Cet extrait de Carnet de grand chemin est invitation au voyage, à l’écriture et au sommeil apaisé peut-être auquel, aussi, peut convier un thé blanc :

Estuaire de la Somme, pays du miroitement et de la brume, où les linéaments de la terre à vau-l’eau se réduisent dans le paysage à quelques pures et minces lignes horizontales, mangées par les reflets de lumière, et dont la légèreté irréelle fait songer à un lavis chinois. Près de la mer, longues nappes de vase réfléchissantes, courant se fondre dans le gris et la nacre d’huitre de la Manche, où la Somme essore paresseusement sa trainée liquide comme la pellicule d’eau qui draine le fond de la baignoire mouillée. Dans la platitude humide pointent seulement quelques huttes de chasseurs de canards. Et le paysage lui-meme est semblable au cri du canard : solitude trempée des eaux plates, ouate grise, odeur de sauvagine, froid cru et stagnant du matin mal réveillé. (…)

La musique elle-même n’a pas forcément besoin d’images, ni la photographie de mots.

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