Jack London

Il n’est pas de lecture de saison, de livres de vacances, clame LittératurOL. Un texte doit happer, tourner dans les oreilles et marquer sans qu’importe le moment de sa découverte. Construire un feu (To built a fire) de Jack London n’est pas qu’affaire de température, mais aussi de lumière d’hiver, de réaction animale, de non-compréhension des éléments, de signes corporels crédibles et terribles. Pour parler du risque du profond froid, à peine commensurable, la nouvelle campe un homme peu expérimenté pour donner en creux de subtiles annotations sur le comportement à adopter dans de telles situations extrêmes.

Le lecteur ne fuyant pas la neige voudrait ajouter, car JL ne le dit pas, que les skis seraient le meilleur mode de locomotion par une meilleure portance quand la glace superficielle risque de céder, et par une célérité supérieure. Le lecteur polyglotte voudrait découvrir à quoi ressemble la musicalité du texte original, car la traduction française chez Actes Sud est fort réussie : JL l’Américain, du tournant du XXe siècle, a-t-il une langue un peu rugueuse (Hemingway) ou si fluide (Poe) ?

(Clin de clic à 6rPB).

Day had broken cold and gray, exceedingly cold and gray, when the man turned aside from the main Yukon trail and climbed the high earth bank, where a dim and little-traveled trail led eastward through the fat spruce timberland. It was a steep bank, and he paused for breath at the top, excusing the act to himself by looking at his watch. It was nine o’clock. There was no sun or hint of sun, though there was not a cloud in the sky. It was a clear day, and yet there seemed an intangible pall over the face of things, a subtle gloom that made the day dark, and that was due to the absence of sun. This fact did not worry the man. (…).

& :
Mes bons romans d’été (Cécile, lectrice).

Rousseau sur écrans

L’annonce étant hautement, annuellement actuelle, le plus aisé est le copier-colle.  Produit par infoclio.ch (le portail professionnel suisse des sciences historiques), réalisé en collaboration avec la Bibliothèque de Genève et le projet e-rara.ch :

rousseauonline.ch donne accès à l’ensemble des œuvres de Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) dans leur première édition de référence, en 17 volumes in-4°, et près de 10’000 pages, souhaitée par l’auteur et publiée à Genève entre 1780 et 1789.

L’on peut donc être un lecteur solitaire (Les confessions. Les rêveries du promeneur solitaire), et mélomane (Dictionnaire de musique), nostalgique ou pas du XVIIIe siècle voire critique des idées même de JJR ; il y a de quoi approfondir la connaissance de cet auteur prolifique, grâce à un très grand soin éditorial.

Pour ce qui est de la méta-information, en effet, donc de la pratique effective de la lecture :

Les textes sont accessibles à la lecture en ligne et disponibles gratuitement au téléchargement au format PDF et au format Epub (smartphones, tablettes, liseuses, etc.). Les textes et les illustrations sont placés sous licence Creative Commons. La licence Creative Commons autorise la copie, le partage et la réutilisation des textes, pour autant que leur source soit citée.

Le texte comprend la numérotation originale des pages. Chaque numéro de page est relié par hyperlien à une image haute définition de la page originale. Le lecteur peut ainsi librement naviguer  entre le texte numérique et les images des pages en papier du XVIIIe siècle.

David Grossman

La vitesse de lecture est une mesure de la qualité d’une oeuvre littérature, soit par sa célérité vertigineuse lorsque la voix fait se taire toutes les autres (par exemple, lire 3 à 500 pages en deux soirées) différemment des romans dont le seul intérêt est l’intrigue moins originale qu’il n’y parait du reste, soit par sa lenteur telle qu’il n’est jamais souhaité en finir et donc que l’on fait s’étirer les pages.

Une femme fuyant l’annonce de David Grossman est long, mais trop court car le terme étant connu seule importe la manière d’y arriver. Le roman est un chef-d’oeuvre de mise en abîme chronologique, d’intrications politiques et personnelles des personnages non sans compter la part biographique de l’auteur. Il n’est pas fréquent de ne pas parvenir à anticiper les étapes suivantes dans le train de la lecture.

Tout y est.

Un certain libraire sachant lire et parler des livres le disait de manière pertinente, sauf sur un point. Tout y est, comme Guerre et Paix de Tolstoï est Austerlitz en 1805, comme Vie et Destin de Vassily Grossman est Stalingrad et la Second Guerre Mondiale, l’ouvrage de David Grossman est sidérant de richesses et d’inclusions sur la situation guerrière en Israël et Palestine, tout en décrivant peu : c’est un livre parlant, les 900 et quelques pages de texte ne sont que des paroles, dialogues ou monologues silencieux ; c’est un livre éminemment bavard. Comme les autres romans, l’on ne le quitte jamais.

& :
Ce qu’en dit Pierre Assouline.

Imre Kertész

Il est surprenant, sans vouloir chercher de réelle explication, de constater qu’aucun billet n’ait été encore rédigé concernant Imre Kertész, dont la lecture fait partie de celles qui marquent indélébilement. Etre sans destin est un chef-d’oeuvre de littérature biographique, qui montre une voix unique -de la littérature- et une finesse rare -plus rare encore que l’excellent style-.

La livraison de novembre-décembre 2010 de la revue Matricule des Anges permet de renouer la trame de lectures légèrement anciennes.

Rilke a écrit un recueil de poèmes qui s’intitulent Le livre d’images et dans lequel il décrit une table, simplement. Il ne cherche pas à aller plus loin ; il donne une description assez succincte de l’objet. Rilke dépeint également un guépard dans une cage. Il ne se passe rien de particulier, sinon les quatre pas à gauche, les quatre pas à droite, de l’animal ; mais on ressent avec force le désir de liberté de la bête enfermé. (…) Qu’est-ce qu’un génie ? Et bien, je pense qu’il y a chez tout génie une aspiration à la plasticité. N’importe qui peut écrire longuement sur n’importe quoi, mais saisir un objet de façon plastique est autrement plus compliqué. Rilke a écrit tout ce livre sans jamais apparaître. Sa pesonne reste inexistante, absente. C’est la plus haute école de la poésie moderne à mes yeux. Le vrai poète, selon moi, et c’est pareil pour un prosateur ou un peintre, garde une bonne partie de ses sentiments ou de ses pensées pour lui-même, ne les couche pas sur un papier. Il fait confiance au lecteur qui peut soupçonner ce que l’oeuvre tait.

Un tel art de l’ellipse, ou de la suggestion, apporte une force stupéfiante dans Être sans destin qui parle de sa déportation à Auschwitz. A la question de l’intervieweur (« D’où la phrase inaugurale d’Etre sans destin ; phrase qui, en soi, contient tout un roman : « Je ne suis pas allé au lycée ce matin« …« ) :

Il suffit parfois d’une phrase apparemment anodine comme « Le pied de la chaise s’est cassé. » pour se sentir basculer et tomber par terre. J’ai voulu éviter de décrire en détail comment nous avons été poussés dans les wagons à bestiaux, ce qui nous avons vécu à l’intérieur pendant le transport. J’ai remplacé tout çà par une phrase également : « J’ai soif pendant deux jours. » Toute la longueur et la pénibilité du transport sont contenues dans cette petite phrase. Cette expression ne m’est pas venue toute seule. J’ai cherché, cherché ; et j’ai trouvé comment condenser le plus efficacement possibles les choses les plus terribles.

La concision extrême n’est pas l’inverse du style. Une demi-page décrivant la couleur jaune, que l’on ressent réellement en pensant au jaune, reste inscrite dans le for intérieur du lecteur.

& :
IK (NobelPrize.org).
Littérature, tout simplement (webOL).

Blaise Cendras

A parcourir ces pages dans le recueil des oeuvres poétiques intégrales, l’on vient à penser que Blaise Cendrars est un immense voyageur de l’alphabet, et qu’il avait si justement raison en répondant à Pierre Lazareff qui voulait savoir qu’il avait réellement emprunté le Transibérien : « qu’est-ce çà peut te faire, puisque je vous fais prendre à tous« . Il n’importe pas de savoir où il est allé pour lire ses lignes, alors que Nicolas Bouvier le pérégrin ne peut vivre que là-bas et même temps ici, à sa table d’écriture au bord du Lac Léman. BC bourlingue, pour emprunter au reportage disponible à l’INA ; Nicolas Bouvier part là-bas sans jamais revenir complètement, demeure ici sans disparaître jamais totalement. BC a la liberté linguistiquement formelle du poète.

En ces temps là j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J’étais à 16 000 lieux du lieu de ma naissance
J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et de sept gares
Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était alors si ardente et si folle
Que mon coeur, tout à tour, brûlait comme le temps d’Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j’étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.

(…)

Ainsi s’amorce sa Prose du Transibérien et de la petite Jeanne de France (dédiée aux musiciens), que BC semble avoir écrit dans un trait fulgurant comme ses autres poèmes lyriques, aussi rapidement que Nicolas Bouvier prenait des années pour achever ses grands textes.

Tous deux étaient helvètes du monde, et eurent une interprétation absolument disjointe en voyageant en écrivant.

(Clin de clic la LNdV).

& :
Nicolas Bouvier ? (LitteraturOL).

La lecture n’est pas le livre

François Bon ne le dit pas avec ces mots, pourtant son passionnant entretien récent dans Libération est un résumé dense de son dernier ouvrage Après le livre (tel que repris par Arnaud Maïsetti mais FB vient lui-même de le mettre en ligne intégralement). Il s’agit, en auto-citation, de comprendre les pratiques et les supports de l’écrit,

Oui, l’écriture est affaire de technique ; cela n’est pas nouveau :

Il n’y a pas à faire l’apologie de techniques. Il y a deux idées importantes : la première, que l’écriture a toujours été technique, y compris lorsque Flaubert s’emporte parce que certains remplacent la plume d’oie par une plume de métal. La seconde : dans ces mutations, le nouveau est rarement aussi parfait que ce qu’avait atteint l’ancien, ça vaut pour l’imprimerie aussi. C’est seulement ce trimestre que les « liseuses », par exemple, deviennent confortables et amusantes. Nous devons confier aux modes de lecture numérique des contenus infiniment précieux, alors même que les supports évoluent, et que derrière il y a des monstres froids qui se moquent bien de tout ce qui n’est pas le commerce.

Oui, l’écriture de blog n’est pas nouvelle ; Roger Chartier et Robert Darnton en parlent avec beaucoup de finesse historienne, lequel premier parle d’or (« Ecouter les morts avec les yeux », « Ecrits et cultures dans l’Europe moderne ») :

Un peu ras-le-bol de voir répéter sans arrêt que le blog, c’est n’importe quoi. L’état relativement stable du livre imprimé avait comme compensation une fixation et une hiérarchisation de l’œuvre, qu’il nous appartient de rouvrir. Le temps de Kafka inclut un temps social, chaque fin d’après-midi retrouver ses copains auteurs ou théâtreux, inclut ses lectures à haute voix, comme il inclut son travail dans sa compagnie d’assurance. Et le temps de Kafka écrivain est basé sur la récurrence quotidienne de la prise d’écriture, qu’il s’agisse de lettres, textes brefs qui avancent par séries ou ses trois romans. Dans tous les cas, c’est le marquage quotidien de la prise d’écriture, que seuls les trois romans abolissent partiellement. Et cela vaut aussi en partie pour Flaubert, Stendhal, Balzac ou Proust. Le blog, dans cette approche, c’est seulement le déplacement d’un curseur entre face publique et face privée de l’atelier.

Oui, l’écrivain est un mot, un concept, une réalité sociale avec une épaisseur historique, pas une existence intemporelle :

Le terme « écrivain » est d’apparition récente, au XVIIe siècle (voir Alain Viala), et sa starification encore plus récente, au XIXe (voir Roger Chartier). Ce qu’on définit comme littérature s’est toujours constitué rétrospectivement, aussi bien pour Bossuet et Saint-Simon que pour Marcel Proust (en partie) ou Artaud et d’autres. Avec le Web, disparaissent les hiérarchies de publication, mais se composent des galaxies de communautés, incluant des expériences très denses d’écriture solitaire aussi bien que d’étonnantes aventures d’écriture collective. D’autre part, la notion de droit d’auteur devient obsolète : une large part de nos chantiers est en accès gratuit sur nos sites, et nos autres sources de revenu se démultiplient (lectures et performances, live-blogging). Le livre numérique peut devenir une ressource économique majeure pour les auteurs (la répartition des coûts est totalement autre, à Publie.net nous pratiquons un partage égal des recettes nettes, 50-50 entre l’auteur et la structure), mais les modes d’accès se multiplient, via abonnements, streamings, etc. Comment tout cela ne rejaillirait pas sur une idée de l’auteur construite autrement que dans la figure héritée du XIXe siècle ?

L’entretien est trop bref pour souligner le problème de l’existence éphémère de nombres publications imprimées, du fait de leur séjour très court en librairie et de la fringale du pilon. Mais, non, celui qui croit que l’écran est la mort du papier s’incline devant un Grand Partage dont l’illusion s’estompe. Pour boucler sur le titre du présent billet, l’ultime extrait sera :

L’histoire du papier est mobile, fascinante, complexe. Mais l’histoire du livre a commencé bien avant le papier. La question n’est même plus celle de transférer sur support électronique ce que nous aimions dans le livre, elle est d’explorer en quoi ces nouveaux modes de lecture autorisent d’autres formes de récit, d’interaction – c’est en ce sens-là que le numérique (le web notamment) n’est pas un succédané au papier pour le même objet, mais une aventure de langue qui excède le territoire du livre. Pour le papier, essayez toujours de dessiner sur votre livre une petite case avec marqué « recherche », vous aurez du mal.

(Bienvenue-encouragement à VT).

& :
– « La littérature n’a jamais visé à fabriquer des livres, mais des mondes« , ou un article du Magazine Littéraire, repris par FB à propos de son ouvrage.
Tiers-Livre, passionnant | Twitter/@fbon, très bavard mais noeud de réseau (FB).
Trace et mémoire de l’écriture | Numérigraphie des objets | Qu’est-ce que lire ? | « Ecouter les morts avec les yeux » (Roger Chartier) | « Ecrits et cultures dans l’Europe moderne » (Roger Chartier) | Supports de l’écrit (webOL).
– Eh tenez,le B(l)eau(g) calme de l’écrit (ecritOL).

Tomas Tranströmer

La poésie ne se traduit pas, ou mal, ou seulement si le traducteur est lui-même un grand écrivain. Puisqu’il est néanmoins pardonnable de ne pas comprendre toutes les langues, relevons que certes la musicalité (rythme, assonance) se transpose mal mais la puissance des images en revanche peut être transmise. Tomas Tranströmer, à le découvrir même traduit et présenté dans la collection Poésie de Gallimard, parle de voyage, de musique -et donc aussi de silence et de sons-, du monde extérieur et pas seulement des vagues intérieures avec un sens indéniable du calme des mots.

En mars – 79

Las de tous ceux qui viennent avec des mots, des mots mais pas de langage,
je partis pour l’île recouverte de neige.
L’indomptable n’a pas de mots.
Ses pages blanches s’étalent dans tous les sens !
Je tombe sur les traces de pattes d’un cerf dans la neige.
Pas des mots, mais un langage.

(Traduction du suédois : Jacques Ottin)

Il n’est pas d’heure pour lire, écrire et parfois le dire :

Les souvenirs m’observent

Un matin de juin alors qu’il est trop tôt
pour s’éveiller et trop tard pour se rendormir.

Je suis sorti dans la verdure saturée
de souvenirs, et ils me suivent des yeux.

Ils restent invisibles, ils se fondent
dans l’ensemble, parfaits caméléons.

Ils sont si près que j’entends leur haleine,
bien que le chant des oiseaux soit assourdissant.

(Traduction du suédois : Jacques Ottin)

La poésie est le souffle des songes.

(Clin de clic à lLNdV).

& :
TT (Nobelprize.org).
Littérature ? (webOL).
– EcritOL/Mots de vers.

Des vases pour des mots

« Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants :  le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » Comme il était dit voici un mois. Les Vases continuent de communiquer.

A l’approche du vendredi 5 août 2011, EcritOL avait invité Isabelle Pariente-Butterlin (Ædificavit) à composer un double texte ayant pour mot-clé « colophane« . La lecture du texte d’IPB est un plaisir, pour sa forme (rythme et mélodie) comme pour son thème ou contenu (ayant cassé il y a peu un bout de colophane récemment achetée).

Colophane (Ædificavit).
Ambre musical
(EcritOL, et sa publication aux bords des mondes).

& :
–  Twitter/@Ædificavit.
–  Toujours, le fil #vasescommunicants (twitter) | Ici, les listes mois après mois (blog dédié) | Là, ce qu’en dit l’@robase str@tégique (g@rp) | Aussi, Vases Communicants (Facebook).
Vases communicants ?François Bon ? | Littérature ? (WebOL).

Jean Hatzfeld dans la Corne

Le reporter qui a tant plongé dans, puis écrit sur le génocide rwandais connait l’Afrique. Son dernier roman en date, Où en est la nuit chez Gallimard, parle d’Ethiopie et de ses marches, des coureurs et des générations mais aussi de qui savent voyager dans les blessures du monde, comme de lui-même peut-être.

Le texte n’est pas formellement original ; il n’est pas moins pertinent pour rendre sobrement le goût et le poids des lieux. Dans la bouche d’Ayanleh, le désert sec est si bien rendu grâce aux chameaux que l’on ne sait de quel portrait sont ces lignes, de lui-même ou du lieu, ou des souvenirs de l’auteur :

(…) ce sont des animaux très posés. Ils savent attendre, mais ils n’attendent rien, ils fatiguent très lentement sans jamais connaître l’épuisement. Ils ne pensent jamais à s’évader. (…) Ils savent bien qu’ils sont nés dans la poussière et ils vont sans limite dans le désert. Ils ne s’égarent jamais dans les risées des dunes. Il savent que le mauvais sort se perdrait à les y chercher. Ils ne peuvent se rassasier de l’immensité qui se propose à leurs yeux. Ils en craignent rien la terrible tempête de sable, mais qui la craindrait pas ? Les chameaux, ils se sentent supérieurs dans le sable, et ils se montrent en paix avec eux-mêmes. Ils voyagent à des semaines de marche,mais pour eux, le plus lointain est toujours chez eux. Ils ignorent la gourmandise, ils ne sont pas rongés par la convoitise comme les autres. Voilà bien leur secret, pourquoi ils paradent, très calmes.

& :
Paul Bowles: The Desert and Solitude (Edmund White,  in New York Review of Books with a paying access).
Luc dans la Corne (EcritOL).

Des mots entre des vases

François Bon en son Tiers Livre est assurément une clé de voûte éditoriale ; ou un barrage, une conduite forcée, un étang de décantation aussi : « Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants :  le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

A l’avance du 1er juillet 2011, EcritOL avait invité _Jeanne sur le thème « Sable-Mémoire-Écriture« . La seconde fit la surprise au premier d’une lecture attentive des aventures de Luc ; il en résulta une mise en écho, si pas en abîme entre deux styles sans point commun à part de se lir&crire. Babelibellus, soit tapé en passant, présente une langue cohérente, au rythme d’abord surprenant puis original au fil des clics car fait de licences notamment typographiques (points de suspension doubles, minuscules, parenthèses plus souvent ouvertes que fermées, etc.). Bref :

– Le premier texte chronologiquement écrivant, Palimpseste (EcritOL chez _Jeanne, avec reprise chez soi).
– Le second, Alice (_Jeanne chez EcritOL).

& :
– Toujours, le fil #vasescommunicants (twitter) | Ici, les listes mois après mois (blog dédié) | Là, ce qu’en dit l’@robase str@tégique (g@rp) | Aussi, Vases Communicants (Facebook).
François Bon ? | Littérature ? (WebOL).