Beethoven, Perlman, Barenboim

La dite musique classique n’a de guindés qu’une mauvaise écoute et un regard trop obsédé par les jabots et les queues de pie, ne voulant pas comprendre que ne pas applaudir entre les mouvements permet de s’immerger dans la magie jusqu’à la double barre de fin. Même les critiques de la qualité fournie par YouTube se mettent en sourdine en écoutant-regardant en boucle l’interprétation du Concerto pour violon par Itzhak Perlman et les Berliner Philharmoniker dirigés en concert par Daniel Barenboim.

Les timbres et la tenue du discours sont des ravissements ; tous, jusqu’au public, écoutent chacun avec la précision apparemment sans effort. Ce chef-d’oeuvre du début XIXe siècle respire sur scène ; tout fait écho, mélodie et harmonie, rythmes et timbres. Le soliste et le chef jouent sans partition, ce qui n’a rien d’exceptionnel mais la beauté est de voir ces deux complices se regarder, jouer ensemble ; l’Orchestre, dont la magnificence des Pupitres ne constitue pas la moindre des séductions, suit la leur qui n’est pas récente, ayant essuyé peut-être des générations d’interprétation (Abbado ? Karajan ? Furtwängler ? Plus ancien encore ?). Et rien d’autre ne compte, sinon des mots qu’un écrivain pourrait aligner ensorcelé par la bulle ainsi créée.

Même le film est magnifiquement monté, faisant sentir ce qu’est un orchestre. Voilà ce qu’il faudrait montrer aux enfants pour leur apprendre le délice de la chair de poule…

& :
– Musique en plein corps | Listening Writing – (MusicOL).
Lumières & Sons (EcritOL).

C’est affaire de corps pour sûr, de souffle et d’yeux, de doigts et de bras et de dos, de ventre.

John Rutter

L’écriture musicale contemporaine est aussi diverse que la peinture ou la littérature ; elle est parfois belle sans être d’une grande novation. John Rutter est né en 1945 : son Magnificat est à jouer entre instrumentistes et choristes, pour la joie des notes ponctuées des mots si classiques. Dans une salle à l’acoustique soignée, de subtils plans sonores glissants se révèlent, et tous se régalent.

– Le Magnificat dans son intégralité (39″).
Tout ce qui en relève surYouTube, y compris le conducteur des choeurs.
– JR on his piece : Part 1 | Part 2 | Part 3 | Part 5 | Part 7.

(Merci à GO, à MA et clin des clics aux I.).

& :
Harmonies 2012 | Our Side Story | Romeo & Juliette Prokofiev (chez MusicOL).

Rite of Spring

The Sacre du Printemps (Rite of Spring) is now 100 years old, but our ears might fancy that the score is much newer still. Not to choose a single best version is the true option of the ones who raves about this master piece of music, though anyone should note that Pierre Boulez is outstanding at the conductor desk, with several orchestras.

Courtesy of YouTube (bar one),
Pierre Boulez conducting the Orchestre de Paris in 2002.
Igor Markevitch with an unquoted orchestra, live in Japan in 1968.
Essa-Pekka Salonen, conducting an unquoted orchestra | « With 2013 being the Centenary year for Stravinsky’s Rite of Spring, Principal Conductor and Artistic Advisor of the Philharmonia Esa-Pekka Salonen discusses his relationship with this seminal work, and its continuing relevance in a 21st century context. (…) » (Vimeo, much better than YouTube).
The 1947 version, performed by the Radio Filharmonisch Orkest conducted by Jaap van Zweden live in the outstanding Het Concertgebouw Amsterdam.
The choregraphy by Maurice Béjart, as amazing today as in 1970.
The seemingly original Nijinsky’s choregraphy, in a recent live performance by the Mariensky ballet with Valery Gergiev leading the orchestra (not always at the perfect pitch).
– IS speaking about his masterpiece : Part #1 | Part #2.
– (…/…) as curated by MusicOL (and EcritOL as well, in French though).

(Clin de Clic aBdM).

& :
– Outstanding IS documentary, in many different languages (53″, Sveriges Television, 2001).
100 years after riot, Rite remains (Utah Public Radio) | Ballets Russes drove audiences away from modern music? Just the opposite (Washington Post).
Stravinsky ? | Yeux de feu – (WebOL).

Tout un monde proche

Tout un monde proche est l’assemblage de mots affleurant à l’annonce du décès, hier 22 mai, d’Henri Dutilleux. Son nom vient à l’esprit de qui souhaite fournir un exemple de compositions mélodiques si prenantes sans qu’elles soient néo-partiellement rétro. Comme Olivier Messiaen qui en était un autre représentant, Dutilleux fait partie de la cohorte s’affranchissant des grandes démarcations telles que contemporain opposé à audible, mélodique opposé à actuel. C’est un compositeur de la seconde moitié du XXe siècle, certes né en 1916, si peu daté par des écoles stylistiques qui vieillissent parfois avec célérité. Ses pièces n’étaient pas qu’un assemblage de bonnes idées sonores, mais une idée se développant jusqu’à la double barre de fin.

Il est proche tant son univers musical marque l’oreille durablement, à l’instar de Messiaen et de celui plus ancien encore, Igor Stravinsky, dont le centenaire de la création du Sacre du Printemps, le 29 mai prochain, intrigue tant cette pièce continue de sonner si actuelle, presque d’hier. L’oeuvre d’Henri Duteilleux est devenue classique, tout un monde intérieur depuis longtemps.

Sa pièce la plus célèbre, peut-être, est Tout un monde lointain, concerto pour violoncelle (que l’on peut attraper via YouTube).

& :
HD (YouTube) | A guide to HD’s music (Tom Service, The Guardian) | Esa-Pekka Salonen on HD (1’42 », Q2 Music).
– Nécrologie : Le Monde | Le Figaro | The Guardian | New York Times | Neue Zürcher Zeitung | Die Zeit | Tagesspiegel.
Un texte d’Alexis Jenni, décrivant l’environnement d’écriture d’HD tel que décrit dans un documentaire (La Vie) – Merci à MA, en clin de clic.
Dutilleux ?Messiaen ? (webOL).

Marie-Claire Alain

Qui aime la musique aime Bach, qui aime Bach aime l’orgue, qui aime l’orgue aimait Marie-Claire Alain. Toute permutation s’accorde pareillement.

Qui aime l’orgue a les tuyaux en berne. MC-A n’est plus ; la musique, si ! ainsi que sa passion pour l’instrument-orchestre par excellence dont elle parle dans cette série remarquable intitulée Orgues, Toccatas & Fantaisies. Le voyage dans l’Europe baroque, au coeur des instruments, dans l’écriture de JSB :

1/6 ; 2/6 ; 3/6 ; 4/6 ; 5/6 (Ich ruf’ zu Dir, Herr Jesu Christ, à 2’30 ») ; 6/6. Il s’agit d’un film de Bruno Monsaingeon, sachant filmer la musique (via YouTube, en français with english subtitles).

Et ceci aussi, chut à écouter et lire :

Seconde fantaisie, de Jehan Alain (Medici.tv) | Litanies, de Jehan Alain (YouTube).
MC-A overleden (Radio4.nl).
MC-A, plus près de Bach (La Croix).

En souvenir de Valenciennes et Romainmôtier, d’aucuns comprendront.

& :
Musique ? | Bach ? (WebOL).
Musique ? (EcritOL).

Musique sans image

Les musiques de film sont parfois meilleures que les films eux-mêmes, parfois trop bavardes en paraphrasant les gestes et les situations sur l’écran. En une rencontre de chefs-d’œuvre, l’on pourrait se souvenir de la bataille des chevaliers Teutoniques, dans Alexandre Nevski (Александр Ярославич Невский) de Eisenstein, pour laquelle Serguei Prokofiev opta pour une berceuse.

John Williams, lui, est un compositeur expert ; jouer sa partition fait parfois penser à Poulenc, à Chostakovitch. Son art de l’écriture est indéniable, pour lequel fermer les yeux ou faire courir les doigts est un gain.

– La liste de Schindler : ici au prisme de l’intensité du concert sous la baguette du compositeur, avec des commentaires de cet immense violoniste sur la sensibilité du son du dit compositeur (« I couldn’t believe how authentic he got everything to sound  » dit Itzhak Perlman, mais quoi donc : de la musique vaguement yiddish ? Du violon ?) ; là,  la version de la Bande Originale.
Star Wars (Main Theme)  | Star Wars (Princess Leia’s Theme) – (JW dirigeant).
Star Wars (Main Title ) | Star Wars (Imperial March) (Prague Film Orchestra).
Star Wars (Princess Leia’s Theme & Imperial March) (Wiener Philharmoniker).
Star Wars (Yoda’s Theme).

En prime,
Out of Africa theme de John Barry.
Spider-Man soundtrack.

En fait, la musique vit d’images, celles que l’on peut préférer cultiver par devers soi. Certes, l’on discutera de ce qu’il faudrait tenir compte de la volonté du compositeur d’accompagner un film, mais l’auditeur n’est pas prisonnier de ses intentions. L’opéra, comme art total ? C’est une autre affaire.

(Merci à MR et clin des clics aux I. : Our Side Story, Harmonies 2012, Roméo & Juliette Prokofiev).

« Le coeur sur les lèvres »

Dietrich Fischer-Diskau ne chante plus, n’écrit plus. Il se dit qu’il ne pense plus mais pourtant il fera longtemps encore écho. Le coeur sur les lèvres est le titre de l’article nécrologique de Die Zeit (Das Herz auf den Lippen) :

Die vielleicht schönste Geschichte über Dietrich Fischer-Dieskau hat seine Frau, die Sängerin Julia Varady, einmal erzählt. Sie handelt von ihrer ersten Begegnung und spielt 1973 an der Bayerischen Staatsoper in München. Giacomo Puccinis Einakter Il tabarro (Der Mantel) steht auf dem Probenplan, Fischer-Dieskau gibt den Schiffer Michele, Varady die Giorgetta. Zur Begrüßung der jungen Kollegin erhebt sich Fischer-Dieskau, ganz Gentleman, und wird, so schildert es Varady in ihrer Erinnerung, länger und länger und immer noch länger – « wie eine Tanne, so hoch ».

(…)

Die Tanne: ein deutsches Nadelgewächs, aufrecht, dunkel, mit fedrig ausschwingenden Ästen und einem oft Furcht einflößenden Radius. Im Schatten eines solchen Holzes gedeiht nicht viel. Und das war und ist das Problem. Allerdings weniger Fischer-Dieskaus Problem als das aller anderen, seiner Konkurrenten, Epigonen und zahlreichen Nachfolger. Wer bis ins frühe 21. Jahrhundert hinein Lieder gesungen hat, deutsche Kunstlieder, der sang, ob er wollte oder nicht, wie Fischer-Dieskau. Wer sich mit der romantischen Selbstvergewisserungsdrangsal, den Herzländern und blauen Blumen eines Schubert, Schumann, Brahms, Hugo Wolf oder Richard Strauss beschäftigte, der hatte unweigerlich Fischer-Dieskau im Ohr und, als sei dies nicht genug, auch vor der Nase. Denn die, die unten saßen im Saal, hatten auch alle Fischer-Dieskau im Ohr, wen sonst, die Stimme der Fünfziger-, Sechziger-, Siebzigerjahre, seine Winterreise, seine Dichterliebe. Seit wenigen Jahren erst verblasst diese Schablone: Weil Fischer-Dieskau schon länger nicht mehr unterrichtete; und weil das Liedersingen doch etwas aus der Mode gekommen ist.

Le sapin (die Tanne), peut-être. L’oreille mélomane retiendra, avec une touche germanophile avérée, que DFD chantait-parlait l’allemand et que, mélomaniaquement, il aura beaucoup interprété la musique du XXe siècle et non pas seulement les grandes pages de Schubert et de Schumann. Articulait-il trop ? Personne ne peut avoir le mot de la fin, car il s’agit d’interprétation -d’autres sont possibles-, mais il aura souligné combien un chant est affaire inextricable de notes et de mots.

Des souvenirs personnels furent tissés de ces lieder de Schubert, que cela soit tapé pour rendre hommage à P. Q.

& :
DFD (YouTube) | Beethoven – An die ferne Geliebte: Nimm sie hin denn (Masterclass) | Schubert – Winterreise, D 911 « Erstarrung » (avec notes & mot)s | Schubert – Winterreise (avec Alfred Brendel, et 70 minutes durant) | Brahms – Die schöne Magelone (Masterclass, avec sous-titrage en français) | Mahler – Ich bin der Welt abhanden gekommen | Richard Strauss – Morgen
DFD obituary (The Gardian) | DFD (New York Times).
Geister der Musik und der Literatur (MusicOL).